Notre système de santé est mis sous pression.
Bart De Wever et Georges-Louis Bouchez vont chercher leurs économies chez les patients. Ils répandent toutes sortes de mythes pour justifier leurs projets. Nous réfutons ces idées et optons pour une alternative plus sociale.
1) « Il faut faire des économies »
« C'est vous qui avez créé un trou dans le budget. 34 milliards d'euros supplémentaires pour des armes, des F-35 et des navires de guerre. Et maintenant, après les pensionnés et les travailleurs, les malades doivent aussi vider leurs poches pour combler le trou. » C'est ce qu'a déclaré Natalie Eggermont (PTB) au Parlement.
En réduisant les cotisations sociales des entreprises pendant des années et en transférant maintenant des milliards à la défense, les gouvernements successifs creusent eux-mêmes le trou. Aujourd'hui, nous devons payer pour tout cela avec des pensions plus faibles et des coûts médicaux plus élevés. Ces économies ne sont pas une fatalité, mais un choix politique. Les soins de santé sont un droit fondamental, dont le gouvernement devrait être le garant.
2) « On investit dans les soins de santé »
D'ici 2026, le secteur des soins de santé devra fonctionner avec 907 millions d'euros en moins, et le gouvernement veux chercher l'argent chez les patients. D’après lui, un rendez-vous chez le médecin peut bien coûter un peu plus cher. Selon le ministre Vandenbroucke, les médicaments sont également trop bon marché. Les anticholestérol et les antiacides, entre autres, deviendront bien plus coûteux. Alors qu'aujourd'hui, on paie 6 euros pour une boîte de Lipitor, l'année prochaine, elle nous coûtera 20 euros. En plus, le gouvernement souhaite économiser sur des lits d'hôpitaux en renvoyant les patients chez eux plus tôt après une opération. Plus d'hospitalisations de jour, moins de nuits à l’hôpital.
Il s'agit d'économies réalisées sur le dos des patients. L'impact sur notre santé nous reviendra comme un boomerang. Les patients qui ne restent pas assez longtemps à l'hôpital ont besoin de soins infirmiers à domicile ou sont de retour chez le médecin en un rien de temps. Un patient qui n'a pas les moyens de payer ses anticholestérol aujourd'hui sera peut être hospitalisé d'urgence demain pour une attaque cérébrale. Réaliser des économies aujourd'hui revient à payer plus demain.
3) « Les soins de santé sont gratuits en Belgique »
Les soins de santé ne sont pas du tout gratuits pour les patients. Notre assurance maladie ne tombe pas du ciel. En Belgique, nous payons des impôts sur nos salaires pour bénéficier en retour de soins de santé de qualité. Sous l'Arizona, nous payons des impôts élevés et nous devrions encore payer davantage pour les soins de santé.
1 euro sur 6 dépensé pour nos soins de santé est payé de notre poche. Il s'agit de frais qui ne sont pas couverts par notre assurance maladie. La consultation d'un médecin est partiellement couverte, mais tout ce que les médecins facturent en plus des tarifs convenus est à la charge du patient. Ces suppléments constituent un problème majeur en Belgique. D'autre part, il y a toutes sortes de coûts qui ne sont remboursés que partiellement. Prenez un rendez-vous chez le psychologue, par exemple. Et pour les soins dentaires, les patients paient eux-mêmes plus de la moitié du coût.
4) « Les soins de santé doivent devenir plus chers pour lutter contre le gaspillage »
Dès le premier jour, le gouvernement Arizona s'est lancé dans une offensive de propagande contre les patients : il s’agit d’un écran de fumée pour justifier leurs coupes budgétaires. "Les malades de longue durée sont une bande de profiteurs, les patients avalent des médicaments comme s'il s'agissait de bonbons, et les gens vont boire un café chez le médecin généraliste parce qu’une consultation est trop bon marché." Il faut donc que tout soit plus cher. « Grâce à Frank Vandenbroucke, aller chez le médecin généraliste vous coûte 4 euros » - une campagne de Vooruit qui n'a pas encore trois ans mais qui est déjà bonne à jeter.
Mais rien ne prouve que des prix plus élevés réduiront les dépenses en matière de santé. Bien au contraire. L'INAMI lui-même fait référence à des études qui montrent que faire payer plus aux patients ne fait qu’aggraver les problèmes. Selon une étude de Solidaris, l'année dernière, en Belgique francophone, 41 % des patients ont reporté un rendez-vous chez le médecin pour des raisons financières. Ce chiffre ne fera qu'augmenter sous le gouvernement Arizona, ce qui aura pour effet de rendre les problèmes de santé plus graves et plus coûteux.
5) « Nous dépensons trop en anticholestérol et en antiacides »
Le ministre Vandenbroucke s'est attaqué aux anticholestérol et aux antiacides. D’après lui, les patients surconsomment ces médicaments, ce qui entraîne des coûts élevés pour le gouvernement. Mais les patients ne constituent pas le fond du problème. Loin de là. Les anticholestérol ne représentent que 3,5 % du budget total en matière de médicaments, et les antiacides encore moins (1,6 %).
Les dépenses les plus importantes concernent les médicaments anticancéreux innovants, qui absorbent 42,8 % du budget. Une grande partie de cet argent est transférée directement aux actionnaires. Selon un rapport suisse, les marges bénéficiaires du secteur atteignent 90 %.
Tout le monde se souvient de l'histoire de la petite Pia, dont la famille a dû débourser 1,9 million d'euros pour une injection qui lui a sauvé la vie. Cette histoire déchirante est le symptôme d'un problème beaucoup plus grave. Les laboratoires pharmaceutiques fixent désormais les prix de leurs nouveaux médicaments sans aucune limite. Ces prix dépassent largement ce que coûterait réellement leur développement. Pendant ce temps, le gouvernement fait porter la responsabilité sur les patients, alors que les grands groupes pharmaceutiques restent intouchables.
Nous l'avons aussi vu avec Maggie De Block. En 2017, elle a augmenté les prix des antibiotiques pour freiner leur surconsommation. À l’époque, cela n'a pas fonctionné non plus. Vooruit (qui s’appelait alors le SP.A) s’est expliqué comme suit : « L'augmentation était en réalité une simple économie, nécessaire parce que De Block avait laissé le secteur pharmaceutique aller dans le rouge. Le gouvernement fait payer les patients pour épargner Big Pharma. »
6) « Il n’y a pas d’alternative »
Les économies proposées n'ont pas encore été votées au Parlement. Il existe d'autres options. Avec le calculateur du prix juste de Solidaris, nous pouvons économiser 1 milliard d'euros par an sur le budget des médicaments. Grâce à ce système, les sociétés pharmaceutiques peuvent appliquer une marge bénéficiaire raisonnable, mais le prix final reste toujours proportionnel aux coûts de développement. Nous pouvons ainsi éviter aux patients des médicaments et des visites chez le médecin plus coûteux.
Une politique plus sociale ne va pas de soi. Vooruit et Les Engagés ne sont pas les garants des soins de santé, ils contribuent à leur démantèlement. Sans pression d'en bas, ils se dirigent de plus en plus vers la droite, vers Bouchez et De Wever. Grâce à la lutte sociale, on leur met la pression pour qu’ils rendent des comptes.
Écrit par Nil Anarat - collaborateur au service d’études de Médecine pour le Peuple.



