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17 March 2024

Public Pharma for Europe : il est temps pour une initiative publique en matière de médicaments

17 March 2024

Il est temps pour une initiative publique en matière de médicaments

Les 15 et 16 mars derniers s’est déroulée la conférence “Public Pharma for Europe”, organisée par People’s Health Movement, Médecine pour le Peuple, Health Action International, Mediko, Viva Salud... Celle-ci a rassemblé 140 participants, militants, travailleurs de la santé, syndicalistes, scientifiques, ... en provenance de 27 pays différents. Un beau succès et un rendez-vous enthousiasmant.

En matière de médicaments, il est vraiment temps pour autre chose

Les acteurs présents partagent un même constat de base : il est urgent, en matière de médicaments, d’aller vers autre chose. Le système actuel a vraiment prouvé ses limites. Pendant le COVID, mais également avec la pénurie de nombreux médicaments essentiels, face à la lenteur des progrès en matière de médicaments innovants... Aujourd’hui, que ce soit pour des raisons financières ou en raison du manque de disponibilité, l’accès aux médicaments est de moins en moins garanti. 

Les médicaments constituent un élément essentiel de notre système de soins de santé. Or, nos gouvernements ont donné les clés de cette politique au secteur privé, nous rendant totalement dépendants d’une poignée de firmes pharmaceutiques. Et leur finalité n’est pas la santé publique, mais leurs profits. 

Les médicaments coûtent très chers, pour le portefeuille des patients mais aussi pour nos sécurités sociales. La chercheuse Els Torreele a mis en avant l’énorme gaspillage d’argent public : les investissements dans la recherche et le développement viennent de fonds publics mais ensuite, les innovations sont privatisées grâce aux brevets et vendues à travers le monde par des grands monopoles, avec comme but de maximaliser leurs profits. Et elle a également démontré que celle logique basée sur le rendement était mauvaise pour l’innovation : seuls les médicaments les plus rentables sont produits et commercialisés. Des médicaments et traitements essentiels ne sont pas développés, comme en matière de résistance antimicrobienne. Le secteur Big Pharma peut en outre profiter d’un énorme manque de transparence dans les mécanismes de fixation des prix, ce dont il fait aussi bon usage. 

La santé publique est trop importante pour être laissée aux mains du secteur privé

Il y a une alternative. Partir des besoins des patients et développer une politique de recherche, de développement et de production des médicaments qui soit publique. Et bonne nouvelle, des initiatives dans ce sens existent déjà aux 4 coins du monde. Comme aux Etats-Unis où l’organisation sans but lucratif Civica Rx nous montre qu’il est possible de produire des médicaments sans recherche de profit et de reprendre la production des mains de Big Pharma ; ou encore en Suisse ou en Espagne avec le développement de thérapie innovante CAR-T cells, qui vise à combattre le cancer en s’appuyant sur le système immunitaire du patient, développées dans le domaine public par les hôpitaux universitaires eux-mêmes. 

Et pour demain, un Institut Salk européen ? 

Tim Joye, vice-président de Médecine pour le Peuple a partagé ce à quoi pourrait ressembler une initiative de Public Pharma for Europe, avec un Institut européen de recherche, développement et production de médicaments. Inspiré par Jonas Salk, ce virologue qui, avec toute une équipe, a pu mettre au point en 1953 un vaccin contre la polio. A un journaliste qui lui demandait “Et qui détient le brevet maintenant ?”, celui-ci a répondu simplement “Les gens, je dirais. Il n’y a pas de brevet. Pourrait-on breveter le soleil ? ”. Le vaccin contre la polio a été mis à disposition sans brevet, et la maladie a été éradiquée dans de grandes parties du monde. 

La proposition d’un Institut Salk européen, qui vise à faire des médicaments et des vaccins essentiels un bien public a été accueillie avec enthousiasme. Cela aurait un énorme impact pour les populations européennes, mais également à l’échelle mondiale. Evia Yalenga, de l’organisation Si Jeunesse Savait est intervenue dans ce sens : “La question de la santé publique est également une question de solidarité internationale. Les prix élevés des médicaments et l’interdiction de la production locale de certains médicaments protégés par des brevets signifient que des milliards de personnes sont privées de certains médicaments."

Nous avons besoin d’un large mouvement qui pousse à une initiative “Public Pharma for Europ

Les deux journées de conférence ont fait l’objet de discussions passionnantes sur comment avancer dans cette voie, comment développer la science ouverte, la transparence, sur les modèles de recherche, de développement et de production à construire dans l’intérêt du public... La conclusion était unanime : il faut travailler à construire une telle initiative publique. Et il ne faut pas attendre que l’Union européenne le fasse, car ses politiques sont sur mesure pour le Big Pharma. Il faut construire un large mouvement qui fasse pression pour cet aspect essentiel du droit à la santé, pour mettre ces idées à l’agenda et les concrétiser. “Cela semble toujours impossible, jusqu’à ce que ça soit fait” : cette citation de Nelson Mandela a animé l’état d’esprit de ces deux jours de conférence. 


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