Interview
27 May 2024

Le bon goût des repas gratuits à l'école !

27 May 2024

Chaque jour, des enfants viennent à l’école sans boîte à tartine. Pour résoudre ce problème, la ville de Gand, en collaboration avec la Haute École de Gand et la KU Louvain, a lancé un projet de repas gratuits ou à prix réduit dans huit écoles maternelles. Et selon deux chercheurs y participant, les résultats sont surprenants… 

Janneke Ronse et Evelien De Jaegher 
 
 

À l'automne 2023, le projet « Lekkers op School » (LEOS) a particulièrement attiré l'attention. Plusieurs médias ont mis en lumière les résultats impressionnants de leurs recherches. Les repas scolaires aident à lutter contre la pauvreté, à améliorer les performances académiques, à accroître l'assiduité et à renforcer l'engagement des parents. Katrien De Maegd et Ides Nicaise, deux chercheurs impliqués dans le projet, nous expliquent comment cela fonctionne.

Katrien De Maegd est chercheuse, impliquée dans le Collectif de Recherche pour l'Égalité (Equality Research collective) à la Haute École de Gand. Elle est également la promotrice de plusieurs projets de recherche qui se situent au croisement de l'éducation et du bien-être. 

Ides Nicaise est professeur en Éducation et Société et chargé de recherche au à l’Institut de recherche pour le travail et la société (HIVA), à la KU Louvain. 

 

Quelles sont les principales conclusions de votre étude ? 

Katrien De Maegd: Les parents nous ont dit que leur enfant voulait goûter beaucoup plus d’aliments à la maison. Par conséquent, leur alimentation est aussi devenue plus saine chez eux. Comme ils mangeaient tous ensemble à l’école, on a aussi pu observer une plus grande entraide parmi les enfants. Ils disposaient également de plus de temps pour manger. Ce sont des résultats positifs auxquels on ne penserait pas spontanément. 

Les écoles ne se sont pas contentées de proposer un repas. Elles ont aussi mis un point d’honneur à impliquer les parents. Dans certains établissements, les parents ont pu apporter leur aide en cuisine. Elles ont aussi fait en sorte de rendre les repas attrayants pour les enfants. Avec des dégustations-tests, par exemple. Ça a motivé tout le monde. 

 

Les effets pédagogiques sont impressionnants : les enfants sont davantage conscients de ce qu’ils mangent et de ce qu’est une alimentation saine. 

Ides Nicaise : Ces résultats sont en phase avec la recherche internationale. En Irlande, par exemple, ils travaillent autour du petit-déjeuner. Avec un effet double : le petit-déjeuner permet de bien démarrer la journée et réduit la distraction. 

 

Vous affirmez que les repas à l'école ont également eu un impact positif sur les enseignants. 

Katrien De Maegd: Pour eux aussi, le fait de manger ensemble est devenu un moment d'apprentissage très enrichissant, durant lequel ils approfondissent leurs connaissances sur la nourriture et découvrent des goûts différents. Certains enseignants ont également indiqué que ça avait aussi amélioré l’ambiance en classe. 

Pour un tel projet, il essentiel de proposer du sur-mesure et d’être réactif. Les écoles ont fait preuve de créativité concernant le choix du moment de la collation. Certaines ont proposé une collation à neuf heures, d'autres à dix heures, et d'autres encore avant le repas de midi, comme une sorte de mise en bouche. 

 

D’après votre étude, « des repas sains et gratuits pour tous » constituent la meilleure option. Pourquoi ? 

Ides Nicaise : Un repas chaud gratuit pour tous les enfants semble surtout constituer la meilleure option pour les établissements qui comptent de nombreux élèves en situation de précarité. Grâce à ce système, il n'y a pas lieu de faire de distinction entre ceux qui doivent payer un supplément ou non. Cela réduit également fortement les frais administratifs. Bien plus important encore : on évite aussi de stigmatiser le groupe le plus pauvre. 

 

Vous insistez beaucoup sur la nécessité d'éviter la stigmatisation. Pourquoi est-ce essentiel ? 

Katrien De Maegd : On a parfois l'impression que ce projet remet la responsabilité des parents en question en prenant en charge l'alimentation des enfants. Mais ce n'est pas le cas. C'est pourquoi il est important qu’il s’applique à tous, sans distinction. 

Les écoles ont commencé par collaborer avec les parents, car il ne suffit pas de décider d’en haut ce que les enfants mangeront pour que cela fonctionne. Il faut impliquer les parents et leur demander ce qu'ils veulent pour leurs enfants. Chaque école a donc opté pour des repas diversifiés et variés. Il était également important que tous les enfants restent manger à l'école. Le service de garderie a aussi été rendu gratuit. 

 

Combien ça coûte ? 

Ides Nicaise: La préparation et le service des repas nécessitent beaucoup de personnel. Une infrastructure minimale est également requise. Dans certaines écoles, celle-ci est inexistante. Seuls les établissements disposant d'une cuisine peuvent servir des repas. Malheureusement, le coût est principalement supporté par les autorités locales et les écoles. 

Mais même en additionnant tous les coûts, il faut savoir que chaque euro investi en rapportera deux. Ce système prévient le retard scolaire, garde les gens en meilleure santé et réduit ainsi les incapacités de travail. L’investissement en vaut donc vraiment la peine. 

 

Si la gratuité des repas à l'école présente tant d'avantages, pourquoi n'est-elle pas généralisée ? 

Ides Nicaise: En tant que chercheurs, nous savons maintenant que nos résultats ne conduisent malheureusement pas immédiatement à un changement de politique Le message de notre ministre de l'Enseignement actuel (Ben Weyts, N-VA, pour la Communauté néerlandophone, NDT) est clair : « L'alimentation n'est pas du ressort de l'enseignement, mais des parents. » La recherche montre pourtant que l’école peut être un puissant levier en matière d’alimentation. Évidemment, même un ministre de l'Enseignement doit constamment peser les priorités à privilégier. Peut-être que ses collègues de la Santé devraient alors intervenir. Et ce, non seulement à l'école maternelle, mais aussi dans l'enseignement primaire et secondaire. 

Katrien De Maegd: Depuis, plusieurs autorités locales et d'autres organisations ont pris des initiatives similaires. La pression depuis la base s'accroît. Utiliser l'enseignement pour apprendre aux enfants à manger sainement et à faire les bons choix en matière d’alimentation, ça marche. C'est pourquoi il est important de mettre en avant des projets comme celui-ci. Grâce aux nombreux témoignages positifs d'enfants, de parents et d'enseignants, nous pouvons nous inspirer les uns les autres et augmenter la pression sur les responsables politiques. 


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