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05 November 2026

Économiser sur le rétablissement psychologique, c'est de la casse sociale

05 November 2026

Économiser sur le rétablissement psychologique, c'est de la casse sociale 

Le gouvernement flamand prévoit des économies de plusieurs milliards au cours des prochaines années. Et les soins de santé mentale ne sont pas épargnés. La ministre flamande du Bien-être, Caroline Gennez (Vooruit), réalisera chaque année plus d'un million d'euros d'économies au détriment d’organisations qui viennent en aide aux personnes souffrant de troubles psychologiques. La tendance est claire : on fait des économies sans suffisamment tenir compte de ce que cela implique pour les gens.

Plus d'un million d'euros en moins pour le rétablissement psychologique

Le gouvernement flamand prévoit de réaliser près de deux milliards d'euros d'économies l'année prochaine, et plus de trois milliards en 2029. On savait déjà que Caroline Gennez (Vooruit), la ministre flamande du Bien-être, prévoyait notamment de réduire le financement d’Impulseo, le fonds qui soutient les médecins généralistes, et d’autres initiatives de prévention comme Bewegen Op Verwijzing, un coaching pour un mode de vie plus actif et plus sain.

Il semble désormais que les soins de santé mentale soient également concernés. Caroline Gennez prévoit en effet de réaliser des économies de 1,022 million d'euros par an au détriment de trois organisations de promotion de la santé mentale : les HerstelAcademies, Psyche vzw et Familieplatform. Les HerstelAcademies seront le plus durement touchées : elles perdront la moitié de leurs ressources financières. L'un des rares endroits où les gens peuvent trouver du soutien auprès de personnes qui sont dans la même situation risque donc de disparaître. Il ne s’agit pas simplement de chiffres dans un budget, mais aussi de lieux où on peut retrouver de l'espoir, du lien social et la confiance qui nous manque.

Un espace pour dépasser sa vulnérabilité

Les HerstelAcademies organisent des formations accessibles sur la résilience et le rétablissement psychologiques. Les participants y sont accompagnés par un professionnel et une personne dotée d’un capital d’expérience personnelle. Ce mélange d’expertise professionnelle et d’expérience vécue aide les personnes à découvrir leur potentiel, à gérer leur vulnérabilité et à reprendre le contrôle de leur vie.

Mais l'intérêt de ces initiatives va bien au-delà de ce qui est enseigné dans le cadre d’une formation. En effet, ce sont des lieux où les gens ne sont pas réduits à leur vulnérabilité, à leur diagnostic ou à leurs difficultés. Ils bénéficient de l'espace nécessaire pour se découvrir, tisser des liens et avancer à leur propre rythme. Ils rencontrent d'autres personnes qui comprennent ce qu'ils vivent et réalisent qu'ils ne sont pas seuls. Cette prise de conscience peut rompre le sentiment de honte et la solitude et ouvrir de nouvelles perspectives.

Tant l'Organisation mondiale de la santé (OMS) que le Conseil supérieur de la santé reconnaissent la valeur ajoutée de ce type de contacts entre personnes dans la même situation dans le domaine des soins de santé mentale. Cela ne remplace pas un traitement professionnel, mais vient le compléter avec du soutien, du capital d’expérience et du lien social.

Le rétablissement psychologique ne se résume pas à des chiffres

Médecine pour le Peuple collabore avec les HerstelAcademies depuis des années. Ensemble, nous organisons des formations et des moments de rencontre dans nos centres médicaux. En tant que psychologue, je constate comment les participants reprennent confiance en eux et découvrent qu'ils peuvent non seulement recevoir du soutien, mais aussi apporter quelque chose aux autres.

Le rétablissement va bien au-delà de la prévention des rechutes, de la réduction des listes d'attente ou du retour au travail. Il s'agit avant tout d'espoir, d'autonomie, d'égalité et de redonner un sens à sa vie. L'important, c'est que chacun puisse faire ses propres choix et réapprendre à écrire sa vie.

Et cela ne se mesure pas toujours en chiffres. Comment, en effet, mesurer l'importance d'une conversation qui permet à quelqu'un de se sentir compris pour la première fois depuis longtemps ? Ou encore l'estime de soi retrouvée lorsqu'on redécouvre qu'on peut signifier quelque chose aux yeux des autres ? Ces effets ne sont pas moins importants parce qu’ils sont difficiles à intégrer dans un budget. Le rétablissement commence justement par l’espace dont disposent les gens pour trouver leur propre voie.

La souffrance psychologique ne naît pas de rien

De nombreuses personnes qui s'adressent à nous sont confrontées non seulement à des problèmes personnels, mais aussi à une forte charge de travail, à des difficultés financières, à des conditions de vie instables et à la solitude. Pourtant, la souffrance psychologique est souvent présentée comme un problème individuel qu’il convient de résoudre soi-même en faisait preuve de résilience.

Les compétences individuelles peuvent aider, mais elles ne suffisent pas lorsque les conditions de vie et de travail des gens les rendent malades. C’est pourquoi, outre des soins de santé mentale accessibles, la prévention, des conditions de travail décentes et une protection sociale sont également nécessaires. Grâce aux HerstelAcademies, les gens peuvent établir des liens entre leurs expériences personnelles et le contexte social dans lequel ils vivent. Leurs témoignages ne sont pas seulement précieux pour eux : ils constituent aussi des signaux que les responsables politiques doivent prendre au sérieux.

S’attaquer au rétablissement, c’est s’attaquer aux soins

Lorsque l'aide accessible disparaît, les problèmes ne disparaissent pas pour autant. Les gens risquent de se retrouver encore plus isolés et, à terme, d'avoir besoin de soins plus conséquents. Les économies réalisées aujourd’hui en matière de prévention et de rétablissement auront un coût humain et social plus élevé demain.

« Nous devons accorder une place centrale aux personnes qui demandent de l'aide ou des soins », a déclaré Caroline Gennez l'année dernière dans une interview accordée à Sociaal.Net. Sa politique actuelle est pourtant diamétralement opposée à ces propos. Après la casse qui a touché les soins de première ligne et la prévention, c'est désormais au tour des initiatives en matière de rétablissement psychologique d'être visées.

Ce n'est pas une politique de bien-être, mais de la casse sociale. Le bien-être mental n'est ni un luxe, ni un poste budgétaire superflu. Il s’agit d’une responsabilité sociale et d’un investissement qui porte ses fruits.

Auteur: Rody Verhage, psychologue chez Médecine pour le Peuple


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